Découverte de ce Grand Site de France qu’est la Camargue avec un camarguais pur jus, Jean-Marie Espuche. Cet ancien professeur est avant tout un amoureux de la nature.

“Pour moi, ces grands espaces encore sauvages, c’est la possibilité de déambuler, d’aller à la rencontre d’oiseaux puisque c’est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, mais aussi de personnages, de taureaux et de chevaux qui forment un ensemble très original. C’est donc une scène théâtrale dans laquelle on se sent bien et qui n’est jamais la même.”

Découverte d’une manade

En Camargue, les hommes ont depuis longtemps pris l’habitude de vivre mais aussi de travailler au cœur de leur environnement. Depuis le moyen-âge, ils partagent ainsi leur territoire avec une race bovine qui n’a jamais pu être complètement domestiquée, les taureaux camarguais. La conservation de cette race rustique n’est due qu’aux aptitudes de ces taureaux pour le jeu et les courses, et si vous aimez l’univers taurin, ne manquez pas l’occasion de vous rendre dans cet endroit, une manade comme on l’appelle en Camargue. C’est ici que Jean-Marie a donné rendez-vous à Bernard Fougeirol, un propriétaire taurin.

“Alors qu’est-ce que tu en fais de tous tes taureaux ?
– On en fait du travail, on en fait des courses libres, et on fait aussi un peu de spectacles dans les prés.
– et tous ces taureaux bien sûr passent leur vie dans les pâturages ici ?
– Voilà, ils sont toute l’année dans les prés, mais l’hiver ils montent dans les bois, et l’été dans les zones humides comme ici.
– Et là Ils sont là, tu nous les montres ?
– Oui
– Allez, on y va !”

Le triage des taureaux camarguais

Les taureaux camarguais sont réputés pour leur agilité et leur rapidité, un poil agressifs ils sont parfaits pour vivre le grand frisson des courses camarguaises. Les origines de ces courses remonteraient au XVe siècle. Elles tendent toutes vers un objectif simple, un affrontement entre l’homme et la bête.
Aujourd’hui Bernard et son équipe doivent isoler des taureaux d’un troupeau qui participeront le soir même à une course camarguaise. Cette tradition s’appelle le triage. Le triage se fait par les gardians à cheval qui vont isoler un à un les taureaux, les écarter du troupeau, puis les emmener vers le lieu du spectacle : les arènes. Mais ne vous trompez pas, ces joutes ne sont pas des corridas. Ici, il n’y a pas de mise à mort des taureaux. Une fois la course terminée, ils retrouvent leur liberté.

“Le soir, ils sont plus ou moins encadrés, ils cavalent un peu devant, un peu derrière, mais par contre ils sont repris à la sortie du village, on les ré-encadre de façon à les mener là-haut, aux prés, où ils mérité un repos, pendant quelques jours, trois semaines. Pour les tours de course, c’est quinze jours, trois semaine de repos, on est loin de l’idée de l’utilisation forcenée du taureau, car un taureau qui travaille un quart d’heure dans une arène, il a la vie sauve puisque c’est la tradition camarguaise, et en plus il a trois semaines de vacances, c’est une belle vie pour eux, 7 fois un quart d’heure.”

Les roselières de Camargue

Pour Jean-Marie, la balade en Camargue se poursuit, avec la découverte d’une plante typique de cette région : le roseau. Enracinés dans l’eau saumâtre, ils sont cultivés ici depuis l’antiquité. D’abord utilisés comme plantes fourragères, les roseaux vont très vite révéler leurs qualités isolantes. Depuis les années 50, l’exploitation de cette plante s’est intensifiée. Les trois quarts de la production annuelle française de roseaux viennent de Camargue. Jean-Marie nous fait d’ailleurs rencontrer l’un de ces agriculteurs, Jean-Renaud Prévot. Avant lui, son père et son grand-père ont cultivé les roseaux. Jean-Renaud a d’ailleurs donné rendez-vous à Jean-Marie au milieu de son exploitation, une roselière.

“La pousse a démarré au mois d’avril, avec les premières chaleurs au printemps, elle se termine maintenant lorsque la fleur du roseau se fait.
– Il n’y a pas d’apport d’engrais ?
– Non, c’est tout à fait est naturel. Il y une gestion de l’eau au printemps, il faut amener de l’eau du mois d’avril jusqu’au mois de juin, et après c’est tout, le roseau pousse naturel.”

En cette fin d’été Jean-Renaud assure la surveillance de l’exploitation. Les roseaux finissent tranquillement de pousser, avant que le gros de l’activité mécanique de récolte ne démarre l’hiver qui suivra.

“Dis-moi, Jean-Renaud, quels sont les ennemis du roseau ?
– Le principal ennemi, c’est le ragondin, puisque le ragondin étant herbivore, il va se nourrir de racines de roseaux et il va mettre en péril la roselière, et puis il va creuser des digues sur les berges. Il va faire des terriers, creuser des digues qui vont nous poser des problèmes après pour gérer l’eau.
– Lorsque les niveaux d’eau sont forts, sont hauts, ça peut effectivement s’effondrer.”

A quoi servent les roseaux de Camargue ?

La production de Jean-Renaud sert pour la constitution de toits en chaume, on retrouve ces roseaux dans quelques maisons camarguaises mais aussi en Normandie et surtout aux Pays-Bas ou en Angleterre, deux nations particulièrement friandes de ce type de toiture.
Une fois récoltée, la sagne, le nom local donné à ces roseaux, est ensuite dépouillée de ses feuilles puis séchée et stockée dans des hangars ouverts pour éviter les moisissures.

“Ça, c’est le hangar, où l’on stocke les roseaux pour livrer les artisans jusqu’à la fin de l’année. Cet hiver, on a fait une production de 200 000 bottes, et là il reste autour de 35 000 bottes pour arriver jusqu’à la fin de l’année.
– Et puis il y a des couleurs, là, qui sont affichées ?
– Chaque ballot est étiqueté en fonction de la longueur du roseau, donc là tu as des étiquettes bleues, donc c’est le roseau qui est long, les étiquettes vertes c’est le roseau qui est court, et les étiquettes rouges c’est le roseau qui est moyen. Ça sert aussi de traçabilité pour la botte de roseaux, origine Camargue.”

Chaque année, ce sont 200 millions de bottes de roseaux qui servent ainsi à la confection des toitures, un matériau noble mais surtout écologique.

Si la Camargue est mondialement réputée, c’est aussi pour ses étangs et ses marais. Parmi ceux-ci les marais salants, où l’on récolte l’or blanc depuis l’antiquité. Ces étendues sauvages permettent à l’homme de travailler et maintiennent la biodiversité.

Libre retranscription de : Camargue – Gard – Les 100 lieux qu’il faut voir – Documentaire
Source : https://www.youtube.com/watch?v=FHdeLUtrghw