De vastes étendues marécageuses, de longues plages à perte de vue, et des couchers de soleil de cartes postales : la Camargue. Ses taureaux, ses chevaux et ses gardians ou plutôt ses gardianes.

Métier et vocation de gardiane

“On est au milieu des taureaux, c’est magique !”
Marie Pagès, 24 ans s’occupe de la manade familiale. Un élevage de 60 chevaux et 150 taureaux sauvages. Aujourd’hui, c’est un grand jour pour cette cowgirl des temps modernes et son petit frère Victor. Dans quelques heures, l’une de leurs bêtes va participer à une course camarguaise mais avant, il faut attraper l’animal.
“On trie pour isoler la bête qu’on veut,  donc en l’occurrence ici c’est Alegria.”
Alegria c’est la star de la manade, la vache la plus prometteuse, et cet après midi, elle va porter les couleurs de la famille Pagès.
“On va attendre de la vache qu’elle soit très très rapide, qu’elle soit méchante, et surtout qu’elle défende vraiment avec brio ses attributs.”
Les attributs, ce sont ces petites ficelles, et cette minuscule cocarde rouge que Vincent fixe sur les cornes d’Alegria. Pendant la course, les joueurs vont devoir tous les retirer.
“Le but du jeu, c’est que le taureau reste un quart d’heure en piste, du coup, il faut qu’il en ait assez.”

Le taureau est roi

Ça y est, Alegria est parée, direction les arènes de Vauvert.
La région compte douze mille têtes, soit près d’un taureau pour dix habitants. Élevé en semi-liberté, ici le taureau est roi, même dans les villes. Lors des courses camarguaises les hommes, les plus courageux, les raseteurs, affrontent les taureaux et les vaches dans les arènes des villages. Mais contrairement à la corrida, il n’y a pas de mise à mort. Un spectacle typique de la culture camarguaise. Et c’est dans les manades comme celle de Marie qu’on élève ces taureaux. Il y en a 200 dans la région. La concurrence est rude, alors elle s’ouvre au tourisme.
Aujourd’hui, Marie accueille une trentaine de touristes, qui ont une idée plutôt fantasmée de la tradition.
“Mon expérience, ce sont des films d’Amérique, les westerns, quand même c’est joli de le voir et ils sont impressionnants.”
Ce fantasme, Marie l’entretient, avec une ambiance conviviale et deux heures de show à couper le souffle, le marquage des taureaux au fer rouge.
“J’ai bien aimé le marquage, après j’aime bien les chevaux, donc j’aime beaucoup quand il court après les taureaux et tout..”
Ou encore les jeux traditionnels des enfants.
Pour plonger, une matinée dans la vie des cowboys de Camargue, il faut compter 20 euros. Des matinées qui représentent 80% du chiffre d’affaires de la manade.
“C’est quand même très important le tourisme, parce qu’on a également aussi une promenade à cheval, donc nous, quand la saison arrive, c’est important que les gens viennent, c’est un gros revenus pour la manade.”

Métier raseteur

Mais l’ambition des manadiers, c’est de briller lors des courses camarguaises. A 20 km de là, à Vauvert, nous retrouvons Alegria. Au même moment dans les couloirs des arènes, Loïc Auzolle, il est raseteur. Concentré, il s’échauffe tel un sportif de haut niveau, et pour cause, voici sa première partenaire de jeu. Aujourd’hui avec ses coéquipiers, Loïc, quatre fois champion de France, va affronter huit vaches. Chaque attribut décroché leur rapporte de l’argent, jusqu’à 50 000 euros par saison, pour les meilleurs, mais c’est extrêmement dangereux.
“Le danger, c’est tout simplement de mourir d’un coup de corne, quelque chose comme ça, après on y fait abstraction par l’habitude, aussi par la passion, comme tous les sports, on oublie le danger parce qu’on aime ça et on appréhende la peur par la passion, aussi par l’expérience.”
Une passion qu’il leur fait prendre tous les risques, parvenir à faire franchir la barrière à l’animal permet de gagner en prestige comme ici.
Ça y est, voilà le moment tant attendu, par Marie et sa belle-mère, la pression monte, la réputation de la manade repose sur la prestation de leur vache. Les organisateurs ont loué Alegria 250 euros aujourd’hui, mais pour un taureau expérimenté, ils peuvent verser jusqu’à 6000 euros. Les prix des attributs montent, les joueurs semblent eux la craindre, elle les garde bien en cible. C’est la fin des douze minutes, Alegria a tenu bon et il lui reste même une ficelle.
“Je suis très content de la prestation d’Alegria. Cette vache est en devenir donc on est vraiment satisfait et on va se voir un bel avenir dans la série des vaches cocardières.”

Un avenir prometteur donc pour cette jeune star, on dit qu’ici les contes de fées terminent ainsi : Alegria fut parfaitement méchante, et eu beaucoup de petits taureaux cocardiers.

Transcription libre de : Les Gardians de Camargue
Source : https://www.youtube.com/watch?v=zCBD_Z9U5ng