“Je suis Olivier Faure, je suis le gardian de monsieur Yonnais. C’est un métier de passion. Très jeune, j’ai commencé à monter à cheval, et puis on est dans une région où les courses de taureaux dans les villages de taureaux et les corridas sont un moment où on se retrouve, c’est festif. Après, se décider à en faire son métier, ça c’est la passion, c’est devoir élever des bêtes en plein air. Le gardian a plusieurs tâches à effectuer, notamment la surveillance du bétail. Ici, c’est du bétail de race espagnole, à ne pas confondre, parce qu’on est en Camargue. Il y a la race Camargue qui est vouée à la course camarguaise, et le bétail espagnol, qui lui est voué à la corrida. Et puis, ensuite, outre la surveillance du bétail, il y a l’entretien des clôtures, leur apporter aussi à manger l’hiver lorsqu’il fait froid, et surveiller les veaux quand ils naissent. En ce moment, tous les jours il en naît, donc pour faire les déclarations il faut suivre ça de très près. On va dire que le métier de gardian, c’est être au plus près des bêtes toute l’année et voir que tout se passe bien.”

Elevage et course camarguaise

“Ce sont deux élevages bien différents. Pour la course camarguaise, les taureaux sortent pour la première fois à l’âge de trois ans, on appelle ça des taureaux neufs. On les enferme dans un camion où on leur fixe à la base des cornes, ce qu’on appelle des attributs. Ce sont des tours de ficelle avec des cocardes au milieu du frontal. Quand le taureau sort en piste, ces attributs sont primés et c’est les raseteurs, qui sont de vrais sportifs maintenant, munis d’un petit crochet qu’ils tiennent à la main, qui en courant devant le taureau doivent attraper ses attributs.
Le taureau espagnol, lui, on va dire qu’il est voué à la corrida, et là les taureaux partent eux à l’âge de 4 ans. Quand ils ont 3 à 4 ans, on appelle ça des novillos, et en dessous des becerros. A partir de ce moment-là, quand le dernier veau né est apte à suivre sa mère, on amène le troupeau au mas dans des installations qui nous permettent de leur apposer les boucles aux oreilles. Le veau est identifié quand on le relâche sous la mère, et là on le laisse jusqu’à 7-8 mois. A partir de là, 7-8 mois où il est marqué comme vous avez pu le voir à tout à l’heure en passant, sur le bas de la cuisse ils ont la marque de l’élevage et sur les côtes le numéro de série qui les identifie. C’est marqué à feu, ce sont des numéros indélébiles ; le premier chiffre correspond à l’année.”

Sélections espagnole et camarguaise

“Là, on les laisse tranquilles, jusqu’à l’épreuve de sélection pour les femelles, qui a lieu à l’âge de deux ans, deux ans et demi. Là, on les essaye dans les arènes du mas, qu’on appelle un tentadero, c’est là qu’il faut faire la différence entre l’espagnol et le camargue, on leur demande pas la même chose. Avec le taureau espagnol, on recherche la bravoure : c’est la façon dont la vache va venir au cheval sous la pique. Il faut qu’elle vienne de loin, et quand le piquero, celui qui pique, site la vache, il faut qu’elle démarre au galop, qu’elle tape dans le cheval et qu’elle s’emploie sous la pique.
Et après, il y a le torero, lui, qui vient à pied avec une muleta, et qui fait des passes, pour qu’elle exprime sa noblesse. Quand la vache est vraiment complète, qu’elle vient 6-7 fois au cheval et qu’elle a beaucoup de noblesse en ayant de la race, elle réintègre le troupeau de reproductrices. Les autres, elles partent à l’abattoir.
Le taureau de Camargue, lui, c’est totalement différent, c’est pour la course camarguaise. La sélection n’est pas sur une fois seulement comme pour un taureau espagnol, mais on peut les voir 10-15 fois avant de décider de le garder.”

Taureaux de combat ou taureaux espagnols

“Quand ils vont dans les arènes, on peut dire que c’est un vrai combat qui se passe avec le torero, parce que c’est un homme contre un taureau. Il faut faire très attention que le torero ne se fasse pas prendre. Alors, il met sa technique à rude épreuve devant le taureau, il y a des taureaux qui sont très agressifs, donc on peut parler de combat.
Les bêtes, on les aime plus que tout, parce qu’on les soigne au quotidien, mais bon il faut savoir que dans tout type d’élevage, la finalité c’est l’abattoir, tout de même. Il faut savoir qu’un petit veau de lait, même domestique, il ne voit jamais le jour, il ne mange jamais d’herbe, il boit que du lait et au bout de quatre mois est amené dans un abattoir.
Nous, sur le taureau espagnol, on leur donne la chance de vivre quatre années de pleine liberté, on s’en occupe, on les soigne, et pour un jour les voir partir, certes se faire tuer, mais leur donner la chance d’être tué avec les honneurs.”

Métier de passion

“C’est pas un travail où il faut regarder les heures. Quand il y a le travail, il faut le faire, donc c’est un métier, on va dire, de passion tout de même, donc on regarde pas et puis après quand le travail est à jour et qu’on a des bons moments à passer, on s’en en prive pas non plus. Et lorsqu’on est jeune, et lorsqu’on a une passion, il faut y croire et aller jusqu’au bout, mais pour ça il faut se donner les moyens, et nous dans le métier de gardian, ce qui compte le plus, c’est le sens de l’observation des bêtes, d’aimer les bêtes et de vivre dehors. Il y a un tas d’autres métiers qui sont autant gratifiants, mais il faut aller au bout de sa passion.”

Libre retranscription de : À la découverte des savoir-faire de Camargue : le gardian – Rencontre interparcs Camargue-Verdon
Source : https://www.youtube.com/watch?v=MGQVdcdui4o