Ici, des dizaines d’espèces d’oiseaux nichent à l’année, ou pendant la migration. Pour découvrir cet espace unique au monde, une virée en 4×4 s’impose. Jean-Marie accompagne Claude Chacornac, un saunier des Salins du Midi. La visite débute sur les rives de la Méditerranée.

L’or blanc des marais salants de Camargue

“Aujourd’hui, je t’emmène au bord de la mer, pour te montrer le point de départ de la fabrication du sel. C’est-à-dire que l’eau est pompée à la mer, la Méditerranée 29 grammes par litre de NaCl, c’est-à-dire de sel, de chlorure de sodium, donc on l’a fait rentrer par le canal que tu vois. En face, tu as une station de pompage, cette station de pompage prend l’eau de mer, cette eau va parcourir 65 kilomètres, et elle va mettre quatre mois, et elle va passer de 29 grammes par litre à 300 grammes par litre sur les cristallisoirs qu’on ira voir tout à l’heure, dix fois plus concentrée. Le travail du saunier c’est d’arriver à gérer les eaux, pour arriver jusqu’à la cristallisation du sel sur les cristallisoirs qu’on verra tout à l’heure.”

L’eau de la méditerranée est donc drainée sur une surface de 8500 hectares, jouant de l’effet naturel et combiné du soleil et du vent, les sauniers œuvrent et contrôlent la concentration en sel de l’eau de mer. Plus elle augmente par évaporation, plus le sel apparaît. Mais il arrive que leur travail en symbiose avec la nature et les éléments, s’accompagne de petits coups de main dans la gestion de l’écoulement de l’eau dans les marais.

“Je vais régler la porte crémaillère, comme aujourd’hui il fait beau, pour faut faire passer de l’eau d’un clos à l’autre, le temps le permet, il fait très beau. L’eau qui est dans ce clos va circuler sous le pont et sortir de l’autre côté pour alimenter l’autre clos.”

Grâce à cette gestion quotidienne des marais salants, les sauniers connaissent exactement la concentration du sel dans l’eau et peuvent ainsi débuter la récolte. Une fois l’eau évaporée, le sel est prêt à être récolté. Cette couleur rose, caractéristique des marais salants de Camargue, vient d’une algue de la même couleur, qui contient une grande quantité de bêta carotène, protégeant de l’exposition du soleil. Plus la salinité augmente, plus l’algue se développe.

La fleur de sel, nectar des nectars

Au cours de cette balade, Claude a tenu absolument à montrer à Jean-Marie le nectar des nectars, la fleur de sel. Ces cristaux qui apparaissent l’été à la surface des cristallisoirs sont dus aux variations de température entre le jour et la nuit.

“Cette petite paillette qui se délite très bien, c’est de la fleur de sel. Alors, la différence du gâteau de sel, des cristaux de sel, avec la fleur de sel, c’est que les cristaux de sel se déposent avec le vent, la chaleur. La fleur de sel, d’ailleurs, on ne récolte pas la fleur de sel, on la cueille.”

Cueillie pendant les mois d’été, elle doit être prélevée avec précaution. En moyenne, ce sont 500 tonnes de fleurs de sel qui sont cueillies chaque année, un millième de la production totale des Salins du Midi.

Pour achever cet incroyable périple, Claude et Jean-Marie se dirigent maintenant vers ces immenses dunes blanches, des camels, comme on les appelle ici.

“Regarde, ça fait penser au dos du chameau qui eux ont transporté le sel dans le désert. Voilà l’aboutissement du travail avec ce qu’on fait avec de l’eau de mer, 65 km de parcours. Quand tu vois cet or blanc eh bien tu te dis que tu as fait du bon boulot et on mesure tout le cheminement parcouru depuis la mer jusqu’à la mise en camel.”

Si vous souhaitez, vous aussi, admirer ces montagnes de sel extrait ici chaque année, vous pourrez associer cette visite avec celle d’Aigues-Mortes, dernière étape de notre escapade camarguaise.

Aigues-Mortes, escapade camarguaise

Les fortifications d’Aigues-Mortes offrent des points de vue époustouflants sur les Salins du Midi et la cité médiévale. La ville, caractérisée par un niveau de conservation exceptionnel, est une étape obligée pour les visiteurs, curieux d’histoire et d’architecture. Et pour guider Jean-Marie dans cette étape, Patrick Florençon, historien des monuments nationaux.

“Bonjour Patrick, alors tu m’as donné rendez-vous ici, je suppose que c’est grâce à Saint-Louis ?
– Sans Saint-Louis, Aigues-Mortes n’existerait pas. On est au pied de la statue de Pradier, qui est du XIXe siècle, qui représente un chevalier bien puissant, alors que c’était un personnage assez fluet et plutôt petit, mais qui a fait jaillir de terre Aigues-Mortes. Nous sommes ici dans l’emplacement le plus ancien de la ville, l’espace névralgique, avec l’ensemble des pouvoirs, religieux avec Notre-Dame des Sablons, politique avec l’emplacement de la mairie, la maison consulaire, et économique puisque c’est là que se tient le marché.
– Il était peut-être chétif mais il était pugnace ?
– Très obstiné, même.”

Premier port du royaume de France

Il faudra presque trente ans pour bâtir toute cette enceinte et pour qu’Aigues-Mortes devienne le premier port du royaume de France. Erigé au milieu d’étangs et de marais, au bord de la Méditerranée, c’est au pied de ses fortifications que les Français partirent pour les croisades.

“Patrick, toutes ces constructions, me donnent une impression de démesure…
– C’est tout à fait ça. La démesure est sous deux aspects, d’abord l’ampleur. C’est un monument énorme, c’est 1643 m de déroulé, ce sont 10 portes, des tours, etc. Et c’est pour symboliser la puissance du Roi au milieu de ce désert. L’autre plan, c’est sur la construction. Il faut s’imaginer que la totalité du rempart a été construite sur un système de pilotis et qu’il a fallu, pour lutter contre l’eau, la nappe phréatique et la nature du sol qui est sableuse, installer ces pilotis pour dresser la muraille. D’après mes estimations, pour construire l’ensemble du rempart, on a utilisé environ 150 000 arbres.
– 150 000 arbres… Donc des arbres trouvés sur place ?
– C’est ce qui a pour conséquence la modification du système écologique de cette région, qui attirait les gens, et qui est devenue insalubre et qui a vu se développer la malaria au XIVe siècle.”

La tour de Constance

L’apothéose de cette visite tient à cette tour, la tour de Constance. Ce donjon massif est séparé du reste des remparts. Il obéit aux constructions de l’époque et correspond au plan type des châteaux capétiens. Haute de 33 mètres, la tour de Constance servait à protéger l’ensemble d’Aigues-Mortes, mais elle a aussi longtemps servi de prison.

“Nous sommes ici dans la salle haute de la tour de Constance, très célèbre parce qu’elle a été le lieu d’enfermement des protestants à partir de la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Il y a eu de très nombreux captifs ici, hommes, femmes, mais le personnage le plus caractéristique, emblématique de la tour de Constance, est quand même Marie Durand, une jeune femme incarcérée ici à l’âge de 19 ans, tout simplement parce qu’elle est protestante, et elle va rester enfermée ici pendant 38 ans. Elle a laissé un message sur le bord de la margelle à ses congénères « résistez, ne trahissez ni votre foi ni les vôtres » et je crois que le message a intérêt à rester encore ici.”

Et pour terminer la visite d’Aigues-Mortes, rien de tel qu’un magnifique panorama depuis le sommet de la tour.

“Etonnant, non ?
– Ecoute, c’est la première fois que je monte aussi haut dans la tour de Constance…
– C’est un lieu, qui pour des raisons de sécurité, n’est pas ouvert au public. De là, on a conscience de ce que pouvait être le monument à l’époque médiévale. On est ici dans le phare, il faut pas oublier que dès le XIIIe siècle, tous les soirs on allumait un feu ici, de façon à ce que les bateaux qui arrivaient du large puissent arriver dans les étangs pour débarquer jusqu’au pied de la vigne.
– Ah, c’est vraiment fabuleux ! Merci.”

Aigues-Mortes, au coeur de la Camargue, est un Grand Site de France qui associe nature et histoire.

Libre retranscription de : Camargue – Gard – Les 100 lieux qu’il faut voir – Documentaire
Source : https://www.youtube.com/watch?v=FHdeLUtrghw