Au large de la Camargue, Leslie Bissey et Elodie Gasparin m’accueillent à bord de leur voilier. Les deux jeunes femmes sont océanographes et biologistes. Cap aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
A la tête du projet WeOcean, Leslie et Elodie naviguent de port en port pour repérer et valoriser des initiatives locales en faveur d’un océan durable.

Le projet WeOcean de Leslie et Elodie

De la récupération des filets de pêche abandonnés, les filets fantômes qui piègent la faune, à la restauration des habitats marins, Leslie et Elodie sont allées à la rencontre de 28 initiatives en Méditerranée.

“L’idée, donc, c’était de les valoriser au travers d’un film, au travers d’un livre, et sur le long terme d’une plateforme internet qui permettrait de rendre tout cela accessible au grand public, en fait, et aux professionnels. Donc on se dit que si on arrive à créer ce réseau social, et que les gens finissent par eux-mêmes à s’entraider et se met eux-mêmes en relation, là on aura tout gagné parce que ça va aller beaucoup plus vite.
– Cette mosaïque éclatée, ces gouttes d’eau dans l’océan, vous allez les rassembler ?
– Voilà, l’idée c’est que toutes ces petites gouttes d’eau se rassemblent pour une grande goutte d’eau.
– Dans tous les projets que vous avez pu rencontrer et soutenir, quel est le projet plus marquant, quelle est la rencontre phare ?
– Je pense qu’il y en a une qui nous a tous les deux marquées, qui est la vie au large. On a embarqué un photographe, Greg Lecoeur, avec nous, et qui nous a transmis vraiment sa passion pour la vie du large, pendant quatre jours. Et en fait, je pense que le point où demain on peut faire la différence c’est l’émerveillement.”
– Vous vivez WeOcean, vous mangez WeOcean, vous dormez, ici vous vivez dans le bateau, il faut le dire ? Donc c’est un projet de vie ?
– Oui c’est ça, ça fait pile poil un an que l’association est créée, ça fait un petit peu moins d’un an que le bateau est. En un an, ça a été l’achat d’un bateau, le retaper, partir en campagne et essayer de trouver des sponsors. Après, quand on a un rêve, je crois qu’il faut y aller, quoi. Après, ça veut pas dire que c’est évident, parce que, forcément, quand j’ai acheté le bateau le premier mois j’ai pas dormi, qu’est ce que je fais quoi
– Il y a eu des doutes ?
– Oui, des doutes il y en a forcément.
– Et toi, Elodie, l’envie d’agir et le sens tu les trouves où dans ce projet ?
– Là, on est vraiment sur le terrain, on est vraiment acteur, en fait. On essaye d’être actrices de ce changement là. Et justement, au travers de toutes ces rencontres là, aussi, on se rend compte qu’on commence déjà à arriver à créer des synergies entre les projets, et ça aussi c’est une façon de comment à agir.
– J’imagine que quand on est jeune, quand on est femme, quand on est sur un voilier, est-ce qu’on vous trouve pas forcément légitime, pas crédible ?
– Ah oui, ça c’est sûr ! La question qui tue ! La question qu’on nous pose quand on arrive dans un port, c’est “Mais il est où le skipper ? Ben, il y en a pas !” WeOcean, c’est aussi travailler pour que ça change ce genre de comportement par rapport aux femmes et aux jeunes femmes.”

Restauration de l’habitat marin au port des Saintes-Maries-de-la-Mer

Je quitte Leslie et Elodie pour mettre le cap sur les Saintes-Maries-de-la-Mer, où se trouve un des projets soutenus par WeOcean. On y tente depuis un an une expérience de restauration de l’habitat marin au sein même du port. Ces cages posées sous les pontons s’appelle des Biohut. Amélie Fontcuberta, ingénieur d’études du milieu marin chez Ecocean, est spécialiste de ces nurseries artificielles.

“C’est du travail de sortir un Biohut ?
– Ça pèse à peu près 50 kg, là, maintenant que ça a été colonisé. A l’installation, on a juste quelques coquilles d’huîtres, donc c’est assez léger. Des grilles vides et des coquilles d’huîtres à l’intérieur. Maintenant, il y a des moules qui se sont installées, il y a beaucoup de crevettes. Et c’est spécifique pour les tout petits poissons, les bébés poissons, qui sont très fragiles et qui ont un cycle de vie très souvent interrompu par l’aménagement humain. Les ports ont lissé le paysage, un quai c’est très lisse, donc nous on crée des habitats qui sont justement assez complexes pour que les petits poissons viennent se cacher, et en même temps ils peuvent venir se nourrir parce que dans les coquilles il y a plein de vie.
– C’est une course contre la montre, en fait ?
– C’est un peu une course contre la montre, parce que tout ce qui est sorti de l’eau n’est plus dans son milieu naturel, et ensuite on les met dans les aquariums pour pouvoir les mesurer, les compter et bien sûr les identifier. Ça fait deux ans qu’on retrouve justement petit à petit des anguilles, à côté on a quelques crevettes, on a un beau crabe marbré.
– Qu’est ce qui t’as motivée à faire ça, Amélie ?
– Saintes-Maries-de-la-Mer, c’est un bon exemple. On est dans un parc naturel où tout est assez préservé et, au milieu de cette zone préservée, il y a un espace portuaire, même cet espace portuaire met en place des opérations de restauration écologique, et ça ce sont des activités qui vont ensemble, c’est ça qui me plaît.
– C’est vrai, Amélie, qu’on est dans un port relativement propre, mais c’est pas le cas pour tous les ports en Méditerranée et la Méditerranée qui subit une grosse invasion plastique. Eh bien, face à ce fléau, il y a des initiatives qui marchent, et notamment le projet ReSeaclons avec le Seaquarium au Grau-du-Roi, qui fait des miracles et qui recycle le plastique de mer. Vous allez voir que tout le monde s’y met, et même les pêcheurs. “

Libre retranscription de : La Camargue, terre d’enjeux – Thalassa
Source : https://www.youtube.com/watch?v=gG3KxWFmcJ8